El Efe Dos

Tout a commencé quand j’étais aux Beaux-Arts. Il y avait un F2 là-bas, et j’étais le seul de ma classe en qui le professeur avait assez confiance pour le prêter. Il pesait lourd, il était solide, il en jetait… Il y avait Nikon gravé sur le posemètre, et il ressemblait à ceux que Dennis Hopper portait dans « Apocalypse Now ». En plus, il prenait aussi de très bonnes photos. J’ai adoré.

Les années ont passé. J’avais quitté l’école depuis longtemps quand j’ai trouvé un F2 d’occasion qui criait « Achetez-moi ! » derrière la vitrine du concessionnaire Nikon local, alors je l’ai fait. J’étais heureux d’en posséder un – mon premier – et je l’ai emporté partout avec moi. Je veux dire partout dans le monde. Incassable, lourd, dépassé mais toujours aussi cool, nous avons fait quelques bonnes photos ensemble et j’ai commencé à vendre professionnellement certaines d’entre elles. (Voir la bio). Je me suis acheté un autre boîtier et quelques objectifs et j’ai travaillé en analogique pendant que le monde entier passait aux appareils numériques. Je détestais leur look, leurs options et leurs menus. Je détestais retourner dans ma chambre d’hôtel pour trier les photos que je prenais sur mon ordinateur… ce que j’ai été obligé de faire plus tard de toute façon.

J’ai dû laisser tomber le F2 pour le tout premier Nikon numérique professionnel jamais réalisé. Ensuite, j’ai vendu mon équipement F2 pour le bien de la production.

La pellicule me manquait, tout comme l’appareil photo !

Un jour, j’ai vu la photo d’un exemplaire en super condition sur mon flux Instagram. Il avait l’air vraiment bien et était apparemment à vendre. J’ai demandé au propriétaire combien il en voudrait et sa réponse a été incroyable : Hugo (c’est son nom), qui se trouvait vivre en Argentine, venait de me répondre qu’il était honoré de recevoir un message de ma part ! J’étais scotché ! Il avait acheté ce modèle de ’72 parce que je mentionnais le F2 dans mon livre « Electroline Diaries » – un livre dont il était fan – mais il ne pouvait pas utiliser correctement cet appareil entièrement manuel. Je lui ai proposé d’échanger quelques tirages qu’il pouvait choisir dans ce livre qui lui plaisait tant contre son appareil photo et il a accepté.

En résumé, moi, Laurent Bagnard, vivant en France, j’ai fait un livre sur les Burbank Choppers publié aux Etats-Unis par Car Tech. Hugo, en Argentine, l’a acheté, puis s’est débrouillé pour acheter à la suite un appareil désuet mais fiable à cause de moi (en quelque sorte).

Des années plus tard, par un hasard absolu, nous nous mettons en contact via sur Instagram (combien de personnes sont sur Instagram ?) et il est juste un fan des Choppers et de mon travail ! De fait, son bientôt ex-Nikon s’est envolé au-dessus de l’océan tandis que les photos prises par un appareil similaire ont pris l’avion elles aussi, mais en sens inverse. Il finit par arriver chez moi tandis que mes tirages ornent désormais les murs d’une maison en Argentine. Cet appareil est comme neuf, avec sa boîte d’origine, sa documentation, son manuel d’utilisation etc… Il ne montre pas le moindre signe d’usure ! C’est le plus beau que j’ai jamais possédé et l’histoire la plus cool qui puisse aller avec !