LE MURALISME ET JOSE CLEMENTE OROZCO

Jose Clemente Orozco

 

EXTRAIT DE ‘MEXICAN STREET ART’

 

L’homme retourne vers son percolateur aux entrailles ouvertes. Il sourit à Travis et dit :

– Tu t’intéresses à l’art populaire ? A ses racines aussi ?
– Oui. En fait je documente aujourd’hui, mais je parle de son environnement, de ses racines.
– Il faut apprendre aux gens l’histoire en incluant l’art populaire, j’en suis persuadé. Depuis la fin de la première guerre mondiale, le monde a rapidement changé, et ce pour toujours. Les romans, les films, les disques, le dessin, la peinture nous en disent sinon plus du moins autant que les cours d’histoire académiques. Ici, en tous cas, les profs de l’université commencent à sérieusement penser comme ça, en croisant les disciplines. Ils s’ouvrent aux petites histoires pour mieux préciser la grande. Tu es dans le vrai, mon gars. C’est bien !

Travis secoue la tête en un léger signe de dénégation, et ajoute :

– Je ne sais pas si c’est bien. Mais ce que je sais, c’est que notre seule richesse est notre mémoire – qu’elle soit individuelle ou collective.
– Absolument. Tu conais Orozco, le muraliste ? – reprend l’homme : Il avait commencé la renaissance mexicaine avec Siqueiros et Rivera, là-bas à Mexico, au début des années 20. Puis il est venu ici en 1935, après un détour chez les gringos. C’était un peintre engagé à gauche, profondément humain. Tu devrais aller voir ce qu’il a peint, ‘Le Peuple et ses Dirigeants’ dans l’ancien palais du gouverneur ! Tu y verras Hidalgo, l’un des premiers indépendantistes, et comment il le représente, armé d’une torche au-dessus de grisaille de l’oppression !

***

Sous l’égide de Vasconselos et jusqu’en 1924, le Renouveau Mexicain est subventionné par la République et les fresques se multiplient sur les façades des bâtiments officiels, avec un retentissement international. Les productions de cette communauté de peintres traduisent les aspirations en des jours meilleurs et plus égalitaires que portent ses membres, tous communistes, ainsi que l’intégration de l’histoire du pays et des savoirs-faire de la civilisation indigène. Un manifeste, publié par leur syndicat dans les pages du périodique ‘El Machete’ (qui deviendra plus tard le journal officiel du parti communiste mexicain), affirme que l’art mexicain est un art monumental, collectif et anti-individualiste. « Nous condamnons la peinture de chevalet et tout l’art des cercles ultra-intellectuels parce qu’il est aristocratique, et nous glorifions l’expression de l’art monumental parce qu’il est propriété publique. » Les artistes tiennent à ce que leurs oeuvres restent un bien non délocalisable, à l’inverse des peintures sur toiles qui sont échangeables, objets de spéculation et complices du capitalisme ! Les premières réalisations sont de José Clemente Orozco, qui en un mélange de compositions conventionnelles et de formes et d’iconographies émanant de l’art indigène veut communiquer une critique sociale et politique audacieuse et ouverte. Sa première fresque, ‘Maternité’ se situe à l’Ecole Préparatoire Nationale de Mexico et dépeint la naissance du Christ, sa mère étant nue.

S’ensuivront d’autres qui traiteront de la tragédie de la Révolution, période dont il a beaucoup souffert, ayant été témoin des ravages humains qu’elle a occasionnés alors qu’il était illustrateur pour le journal La Vanguardia.

Please follow and like us: